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Actualités de l’Amue

Date de création : 05/05/04

A lire aussi :

Pour retrouver la note de François Orivel :

www.u-bourgogne.fr/IREDU/2004/04006.pdf

Retrouvez l'article d'Act-U consacré au classement de Shangaï :

www.amue.fr/ActU/Actu.asp

Réactions de présidents d'université au classement de Shangaï. L'avis de Gilbert Béréziat, président de Paris VI :

www.amue.fr/ActU/Actu.asp

Le communiqué de Xavier Chapuisat, ancien président de Paris XI :

www.u-psud.fr/evenement.nsf/classement.htm

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François Orivel : "En France, le dualisme universités/grandes écoles constitue un obstacle monstrueux"

Dernière modification 05/05/04

Auteur : Rédaction

Directeur de recherches au CNRS, François Orivel est l'auteur d'une note publiée sur le site de l'IREDU. Intitulée "Pourquoi les universités françaises sont-elles si mal classées dans les palmarès internationaux?", elle fait suite aux résultats de l'étude publiée par l'université de Shangaï. Selon celle-ci, la première université française, Paris VI, se place au 65ème rang.

Directeur de recherches au CNRS, François Orivel est l'auteur d'une note publiée sur le site de l'IREDU. Intitulée "Pourquoi les universités françaises sont-elles si mal classées dans les palmarès internationaux?", elle fait suite aux résultats de l'étude publiée par l'université de Shangaï. Selon celle-ci, la première université française, Paris VI, se place au 65ème rang.


Pourquoi avoir rédigé cette note suite au classement des universités établi par l'université de Shangaï?

Parce que je me suis étonné qu'on ait si peu parlé de ce classement, comme si certaines choses étaient encore taboues… En effet, on a assez peu discuté de cette étude dans le milieu universitaire. Ensuite, parce que, en tant que chercheur, je m'intéresse aux réformes universitaires en Europe, et que, dans ce cadre, ce travail m'intéressait.

En parlant de ce classement de Shangaï, vous dites qu' il est "discutable mais moins contestable que d'habitude". Que voulez-vous dire?

Auparavant, la plupart des classements se basaient sur les moyens des universités, ce qu'on pourrait appeler les "inputs". C'est-à-dire, le nombre de mètres carrés de l'établissement, ses équipements, son encadrement. Shangaï a plus travaillé à partir des outputs. En effet, il prend en compte le nombre de prix Nobel sortis des université, ainsi que le nombre de citations de chercheurs/enseignants appartenant à l'établissement sur la période 1989-1991, puis le nombre d'articles publiés dans Nature et Science entre 2000 et 2002, le nombre d'articles publiés répertoriés dans le Science Citation Index et le Social Science Citation Index et enfin un indicateur de performance (division des indicateurs précédents par le nombre d'enseignants/Chercheurs à plein temps de l'université). Mais il est muet sur tout ce qui concerne la qualité de l'enseignement dispensé, ce qui reste, il est vrai, assez difficile à évaluer.

Selon vous, le fait d'avoir d'un côté les grandes écoles, de l'autre les universités, entrave la France dans la course à la compétitivité internationale?

Effectivement, pour qu'il y ait excellence, plusieurs "ingrédients" doivent être réunis. Or ni les grandes écoles ni les universités ne disposent de "tous" les ingrédients. Quels sont-ils? En premier lieu, le droit de sélectionner ses étudiants à l'entrée, droit dont jouissent les grandes écoles, pas les universités.

Deuxième caractéristique : avoir une équipe d'enseignants prestigieux.

Troisièmement : avoir de puissantes infrastructures de recherche, domaine dans lequel les universités ont l'avantage.

Quatrième point : la pluridisciplinarité, un objectif que les grandes écoles peinent à atteindre. Cinquième élément : la taille de l'établissement. Vous remarquerez que dans ce classement, il y a peu d'universités de moins de 10 000 étudiants. Or qui dit grand nombre d'étudiants dit équipe d'enseignants plus conséquente et donc plus grosses équipes de recherche.

Dernier point : les moyens. Les bonnes universités sont celles qui ont de l'argent. En ce qui concerne le financement public, les universités américaines se situent au même niveau que les nôtres par rapport au PIB. Mais les présidents d'universités américaines passent leur temps à chercher des financements privés !

Si vous reprenez tous ces points qui constituent l'excellence d'un établissement, vous remarquerez que les grandes écoles en possèdent certains et que les universités en maîtrisent d'autres. Mais ni les universités ni les grandes écoles ne possèdent les six à la fois !

Alors on peut considérer que l'on renonce à l'élite au profit d'un très bon niveau moyen. Cela peut être une stratégie. L'Allemagne avait fait ce choix, mais elle est en train d'en revenir…

Selon vous, peut-on aussi se demander si la culture de la recherche n'est pas moindre en France que dans d'autres pays?

C'est ma thèse en effet. D'où sortent nos élites? Des grandes écoles ! Soit de cadres où elles n'ont jamais été confrontées aux travaux de recherche. Et comme ces élites issues de grandes écoles recrutent des gens qui eux-mêmes sortent de ces écoles, le système se perpétue…

Pour vous, comment inciter les bons élèves à rejoindre les rangs de l'université?

C'est vrai que ce dualisme université/grandes écoles constitue un obstacle monstrueux. Peut-être ce ralliement des très bons élèves à l'université ne se fera-t-il d'ailleurs jamais…

La solution intermédiaire est peut-être à aller chercher outre-Rhin. En Allemagne sont en train de se constituer des pôles universitaires d'excellence. Le droit va être donné, à une dizaine de très bonnes universités, de recruter leurs élèves comme elles l'entendent.

On pourrait faire de même en France. Parmi les 80 établissements, il est possible d'en identifier une dizaine qui ont suffisamment d'atouts pour constituer ces pôles. On les autoriserait à sélectionner leurs étudiants et on leur allouerait des moyens supplémentaires. Evidemment, cela nécessiterait une bonne dose d'autonomie !