Numéro 37mai 2025
Peut-on parler d'intelligence des bâtiments ou de bâtiments intelligents ?
Catégorie : Témoignage
Auteur :
Thierry Oger Vice-Président Numérique – Université d’Angers
La gestion intelligente des bâtiments ne relève plus de la science-fiction. À l’université d’Angers, elle s’appuie sur des technologies concrètes, des données fiables et des outils interconnectés pour optimiser l’exploitation, sécuriser les infrastructures et éclairer les décisions stratégiques.
Dès le début des années 1990, la domotique est apparue avec un objectif de pilotage, de gestion des bâtiments, des installations électriques à la fois chez les particuliers et les entreprises. La multiplicité des technologies propriétaires, la complexité des équipements, et des protocoles « peu ouverts », n'ont pas permis un développement rapide. L'absence de disponibilité de réseaux informatiques normalisés, à grande échelle et interconnectés, a pénalisé son développement.
Aujourd'hui, grâce aux technologies de transports IP, aux réseaux locaux, à la fibre optique, à internet, la gestion numérique des bâtiments est plus que jamais d'actualité. Elle ouvre la voie à des économies d’énergie et une gestion stratégique. Des protocoles sur IP sont apparus, comme bacnet ou modbus TCP/IP, et facilitent les déploiements sur IP, d’automates et d’équipements dits de « terrain ». Une « certaine » fragilité existe, en termes de sécurité informatique, sur ces équipements qui n’intègrent pas la notion de cyber-sécurité dès leur conception. Il existe un point de vigilance sur l’architecture logique de sécurité de nos établissements sur ce sujet.
Le lien entre équipes immobilières et équipes informatiques devient un facteur de réussite pour la mise en œuvre des dispositifs de gestion intelligente bâtimentaire, l’intracting est un exemple de cette convergence de métiers.
Déjà évoqué dans la collection numérique, au numéro 12 décembre 2020 (voir encart ci-contre), ce dispositif, avec un objectif de comptage par des raccordements d'automates en IP, permet de recueillir des données de pilotage et de contrôle notamment énergétique du bâtiment. L’université d’Angers a pu lancer ses 39 actions de performances énergétiques grâce à ce dispositif et sur des objets connectés aux réseaux de données.
Deuxième mécanisme, la sureté. Le contrôle d'accès est l’exemple phare, avec comme support de transport l'ethernet, et comme pilotage un logiciel centralisé installé sur un système virtualisé dans un datacenter par exemple. On complète le dispositif avec des caméras qui peuvent utiliser les systèmes de câblage et l’alimentation via le PoE ou PoE+. Toutes ces technologies utilisent l'architecture réseau et les systèmes informatiques mis en place dans un établissement.
Pour le pilotage des informations remontées via le support IP, un logiciel de type Gestion Technique Centralisée (GTC), et par extension GTB, va permettre une régulation fine des équipements comme le chauffage, les onduleurs, les groupes électrogènes, la lumière… Ce système permet de lever des alertes, assurer la supervision, ajouter de la métrologie. Le datacenter de l’université d’Angers utilise un logiciel de GTC qui permet le calcul du PUE (NDLR : Indicateur d'efficacité énergétique) et un pilotage fin des consommations électriques. Les tableaux de bord générés sont nécessaires pour le suivi de l’exploitation.
Les prévisions à long terme de la maintenance et la gestion des plans sont rendues possible via un logiciel de gestion du patrimoine ou Système d'Information Patrimonial (SIP). Ce type de logiciel permet de centraliser numériquement ces données. Le placement des équipements via le SIP est possible et permet une gestion optimisée de l’exploitation des bâtiments. Pour les équipes informatiques, l'usage de cet outil permettra de placer les bornes WIFI dans les espaces, matérialiser le passage des câbles et fibres optiques. Les équipes sécurité incendie pourront placer sur les plans les extincteurs et détecteurs…
L’usage du SIP va au-delà des chargés d’opérations ou conducteurs de travaux. La direction d'un établissement aura notamment une base d’information unique sur les m² recherche ou les m² pédagogique. L’information est fiable, centralisée et partagée.
Toutes ces données liées au patrimoine permettent un pilotage stratégique précis et optimal des bâtiments. Une politique adaptée est alors possible dans les domaines de la maintenance, le pilotage énergétique, ou les investissements à programmer sur plusieurs années.
Toutefois la centralisation des données amène une difficulté, ou un risque important : le piratage informatique, la cybersécurité. La gestion patrimoniale devient un sujet qui nécessite une architecture de sécurité adaptée avec la mise en œuvre de VPN et des règles d’accès bien définies. La mise œuvre d’un schéma de sécurité intégrant ces contraintes devient obligatoire.
Je terminerai sur le sujet BIM. Le BIM (Building Information Model) permet une gestion des projets de construction sur la base de maquette numérique. Cette vision 3D d’un bâtiment offre de nouvelle perspective dans les phases de construction.
Des données patrimoniales au service des décisions stratégiques, qui peuvent s’ajouter aux tableaux de bord des directions des établissements.
La dévolution du patrimoine d’un établissement universitaire nécessite tous ces outils et dispositifs.
La LRU en date du 10 août 2007, prévoit que les universités puissent devenir propriétaires de leurs biens immobiliers. Cette nouvelle responsabilité nécessite les outils décrits précédemment. Elle ouvre également de nouvelles perspectives en termes de valorisation patrimoniale, de ressources humaines avec de nouveaux métiers liés aux bâtiments, de financement pour les investissements et la maintenance. Au regard des surfaces immobilières d’une université dans une ville, le rapport politique Ville – Université évolue.
Retour sur
Autour du sujet de ce numéro, cet article à lire (ou à relire) de Matthieu Cavallo, Rémi Froger et Thierry Oger « À l’université d’Angers, numérique & patrimoine ne font qu’un ». Un article, paru dans le N°12 Numérique responsable - Décembre 2020 titré « Numérique responsable »
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