Numéro 37mai 2025
Vers un pilotage numérique du bâti universitaire : des données bâtimentaires aux lieux habités
Catégorie : Témoignage société
Auteur :
Bertrand Mocquet Expert numérique, Amue
Oui, le pilotage numérique du bâti universitaire est un formidable levier d’efficacité. Mais il ne doit pas faire écran à ce qui ne se mesure pas facilement : la présence, l’usage, le vécu des usagers. En croisant données techniques et attention aux humains, on peut faire du numérique un outil plus juste, plus complet, plus fidèle à ce que sont vraiment nos campus.
Un pilotage centré sur la donnée bâtimentaire
La transformation numérique du secteur du bâtiment, notamment à travers l’usage accru de la donnée, touche aujourd’hui le monde de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR) comme peut en témoigner ce numéro. Le déploiement de capteurs, de plateformes BIM, de dispositifs de gestion technique centralisée semble progressivement structurer un nouveau mode de pilotage des campus. L’attention portée à la performance énergétique, à la sécurité ou à l’optimisation des surfaces trouve dans ces outils un appui technique indéniable, répondant à des attentes croissantes en matière de responsabilité environnementale et de maîtrise des coûts.
Le risque d’un effacement des usages vécus
Cependant, on peut se demander si cette approche – largement centrée sur les données dites bâtimentaires – ne laisse pas en marge d’autres dimensions, tout aussi structurantes, de ce que représente un campus : un lieu habité, traversé par des usages, des rythmes, des présences humaines parfois peu saisissables par les instruments de mesure traditionnels. Ce déséquilibre éventuel entre les logiques de gestion technique et la prise en compte du vécu quotidien des usagers – étudiants, enseignants, personnels – mérite sans doute d’être interrogé.
Entre efficacité et expérience sensible
Il ne s’agit pas ici de remettre en cause la nécessité d’un pilotage fondé sur des données objectives, mais plutôt d’inviter à une vigilance : celle de ne pas réduire la réalité du lieu universitaire à ses seules métriques fonctionnelles. Une salle n’est pas qu’un volume à chauffer ou à sécuriser ; elle est aussi un espace d’échange, de concentration, de travail collectif – des dimensions que la donnée ne capte pas toujours, ou pas encore.
Vers une hybridation des approches ?
Peut-être gagnerait-on à réfléchir à une hybridation des approches : combiner les apports des données bâtimentaires avec des formes d’attention plus qualitatives aux usages. Intégrer les retours d’expérience des usagers dans les dispositifs de pilotage. Penser le numérique non seulement comme un outil d'efficience, mais aussi comme un levier de compréhension des lieux dans leur complexité.
Une invitation à penser le lieu universitaire dans sa globalité
À travers cette évolution, c’est la question de la place de l’humain dans les systèmes d’information patrimoniaux qui se pose. Le numérique pourrait ainsi devenir non pas uniquement un instrument de rationalisation, mais aussi un outil au service d’une meilleure articulation entre le bâti et le vécu, entre la gestion et l’usage, entre la donnée et le commun.
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