Numéro 09mai 2020
Prendre en compte le handicap tout au long de l’acte pédagogique
Catégorie : Enjeux et stratégie
Auteur :
Philippe Lalle Conseiller stratégique pour la pédagogie, DGESIP – MESRI
Aujourd’hui 80% des étudiants en situation de handicap sont accompagnés par les établissements. Un accompagnement régit notamment par les schémas directeurs handicap qui visent à adapter la pédagogie et les outils numériques dont dispose l’établissement. Le renforcement de l’accessibilité reste un objectif principal.
Dans tous les établissements d’enseignement supérieur le nombre d’étudiants en situation de handicap est en croissance sensible, et la volonté est d’accompagner ceux qui le souhaitent jusqu’au doctorat.
Si, historiquement, l’attention était principalement accordée aux étudiants ayant un handicap physique ou sensoriel, généralement « visible », on considère maintenant largement les troubles moins apparents comme les dyslexies, les troubles de l’attention et les Troubles du Spectre Autistique (TSA). On observe depuis 2014 une augmentation des étudiants en situation de handicap de 10 à 20% par an dans les universités, pour atteindre environ 1,55% du total des étudiants en 2017. Plus de 80% d’entre eux bénéficient d’un accompagnement (Voir l'article sur les étudiants en situation de handicap dans l'enseignement supérieur sur le site du ministère)
Les schémas directeurs handicap des établissements, outre les questions « logistiques » comme celles de l’accessibilité physique ou des boucles magnétiques, dont nous ne parlerons pas ici, prennent largement en compte maintenant la question de l’adaptation de la pédagogie et des outils numériques qui lui sont associés. Une enquête de 2019 a révélé que 55 universités au moins avaient mis en place des actions pour l’accessibilité des enseignements, au premier rang desquelles on retrouve un renforcement de l’accessibilité des ENT, la production de supports en ligne plus nombreux, plus accessibles et le cas échéant sous-titrés, avec l’implication forte des services dédiés aux TICE et à la pédagogie. Les bibliothèques universitaires, acteurs essentiels de la pédagogie, déploient également de plus en plus de dispositifs variés pour l’accompagnement du handicap (voir article de Claire Josserand dans ce numéro). Enfin, les robots de téléprésence (implantés depuis au moins 2015 dans les universités françaises) ont également parmi leurs cibles les étudiants en situation de handicap, passager ou durable, et permettent de plus de développer autour de l’étudiant utilisant le robot une logique de solidarité et d’accompagnement.
Les robots de téléprésence dans les universités françaises
La première trace que nous connaissons est à l’université Lyon 1, sous l’impulsion de Christophe Batier.
Il est important de mentionner que dans le cadre du Programme d'Investissements d'Avenir (PIA), les actions en faveur des étudiants en situation de handicap n’ont pas été oubliées par les établissements que ce soit dans les programmes IDEFI (PARé à Poitiers, DEFI Diversités à Toulouse), IDEFI-Numérique (SONATE à Paris 135 avec un DAEU dédié) ou plus récemment NCU avec le projet NCU ASPIE7 qui cible les TSA et vise notamment au développement d’aménagements pédagogiques allant au-delà du traditionnel tiers temps qui ne répond pas aux problématiques spécifiques de ce public.
La crise sanitaire du COVID-19 a induit un basculement subit de l’enseignement vers un mode « tout distanciel » qui a mis en lumière les progrès encore à accomplir pour permettre aux étudiants déficients auditifs ou visuels de suivre correctement des enseignements à distance. Dans ce contexte d’enseignement à distance qui pourrait conduire à une « MOOCification urgente et forcée » pour reprendre le titre d’un article récent (Christophe Charroud, Philippe Dessus, Laurence Osete. Confinement et pratiques évaluatives : une MOOCification urgente et forcée ? Évaluer. Journal international de recherche en éducation et formation, ADMEE-Europe, 2020, 1, Hors-série, pp.53-58. ffhal-02560420f), les outils d’accessibilité déployés par exemple dans le cadre de l’IDEFI-N EIFFELa avec la plateforme FUN, et notamment le MOOC « Créer un MOOC inclusif », trouvent encore plus d’acuité. La nécessité de déployer des solutions d’évaluation à distance souligne également combien il serait pertinent d’intégrer sur les plateformes pédagogiques des outils de dictée vocale ou de compensation dysorthographique (Voir pour plus d’information le site de l’École nationale supérieure de formation de l’enseignement agricole ) pour permettre aux étudiants « dys » de rendre plus facilement leurs devoirs. À côté de ces aspects technologiques, les circonstances actuelles représentent également pour les étudiants souffrant de handicap des enjeux, des défis et parfois des difficultés spécifiques et les établissements ont su y faire face, comme par exemple via des systèmes d’accompagnement : hotline à l’université de Picardie Jules Verne ou réactivation des « cafés Asperger » à l’Université Clermont Auvergne.
Le handicap est donc, on le voit, de mieux en mieux pris en compte tout au long de l’acte pédagogique, de la conception de la ressource à l’évaluation des acquis, sans oublier les dispositifs d’accompagnement, qu’ils soient lors des temps d’orientation des étudiants ou à l’occasion de leurs recherches en bibliothèque.
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