La collection numérique

IA et Enseignement Supérieur : quels enjeux et impacts ?

Numéro 30décembre 2023

IA et action publique, mises en perspective

Catégorie : Vue d’ensemble

Auteurs :

Thierry Tuot Conseil d’État

Entretien mené par Bertrand Mocquet Amue

Entretien avec Thierry Tuot, conseiller d’État, auteur d’un rapport en juillet  2022, qui ouvre la réflexion sur les impacts des progrès de l’IA.

En ce mois de novembre 2023, nous avons eu l'occasion de rencontrer Thierry Tuot, conseiller d'État actuel président de la section de l'Intérieur, chargée d'examiner les projets de texte liés à la politique intérieure (principes constitutionnels, libertés publiques, collectivités, Outre-mer, immigration, culture, jeunesse sport, etc.). Nos échanges concernent le rapport publié en Juillet 2022, intitulé « Intelligence artificielle et action publique : construire la confiance, servir la performance ».

« Nous sommes très bons en France sur l’intelligence artificielle »

Bien que l’essentiel des outils IA, actuellement à notre disposition, soient produits en dehors du territoire français, la Recherche française dans ce domaine se porte bien rappelle Thierry Tuot. Il n’est pas rare que les entreprises informatiques étrangères recrutent des chercheurs formés en France, dans des laboratoires ou bien les instituts 3IA, comme PRAIRIE. Il parait donc légitime, voire essentiel que l’action publique en France en tire bénéfice au service de nos concitoyens.

Thierry Tuot nous rappelle en début d’entretien l’intérêt et l’attachement qu’il porte aux Universités et à la Recherche françaises. Un intérêt renouvelé comme professeur associé dans les universités Le Havre Normandie, Paris Sorbonne, Sciences Po Paris ou Paris Dauphine-PSL actuellement, mais aussi en tant que président de la COMUE de Sorbonne Universités entre 2013 et 2017. 

« L’IA n’est pas une occasion de réduire les emplois de la fonction publique, c’est une opportunité de réhumaniser la relation avec les usagers »

a-t-il ajouté, insistant sur la nécessité d'automatiser certains processus répétitifs qui permettront aux agents publics de se concentrer sur les missions pour lesquelles ils ont une vraie valeur ajoutée, celles où une IA ne sera jamais aussi performante : la relation humaine, la prise en compte des cas particuliers…

Dans la mise en œuvre de ces changements, Thierry Tuot nous rappelle qu’il s’agit de se projeter dans une fonction publique qui gagnerait à utiliser les technologies numériques d’IA pour améliorer le service rendu tout en améliorant la qualité au travail des fonctionnaires. Pour illustrer ses propos, il évoque le temps de traitement de la première demande d’APL pour un étudiant par exemple, qui est de 8 semaines, qui pourrait être réduit à 48h, en automatisant la vérification des données constituants le dossier de demande. La décision finale resterait évidemment de la seule responsabilité humaine. Thierry Tuot y voit l’opportunité de réorienter ces fonctionnaires mobilisés, vers des activités plus intéressantes pour eux et plus bénéfiques pour l’administré.   

« Développer une culture commune »

Le rapport, comme cet entretien, mettent en avant la nécessité de développer une culture professionnelle commune de l’IA dans l’action publique. Cette culture est à comprendre comme l’ensemble des connaissances et savoir-faire nécessaires à tout un chacun pour s’approprier et maitriser son propre environnement professionnel. Cette culture commune devra reposer sur « sept principes de l’IA publique de confiance » (p.11) : La primauté humaine, la performance, l’équité et la non-discrimination, la transparence, la sûreté (cybersécurité), la soutenabilité environnementale et l’autonomie stratégique.

« Accompagner par la formation »

Le rapport du Conseil d’État souligne que « la faible culture des responsables publics [est] peut être la source d’un désintérêt ou d’une défiance » (p.12) pour cette transformation. Il indique que des actions de formation doivent être axées sur la lucidité et la vigilance dans le déploiement des Systèmes d’IA (SIA) de l’administration. Il s’agit bien de repérer, selon Thierry Tuot, « les cas où c’est utile » et de réfléchir dès le début du projet SIA, au redéploiement des ressources humaines libérées par cette automatisation par IA.

Pour aller plus loin

Le rapport « Intelligence artificielle et action publique : construire la confiance, servir la performance » est une saisine du Premier Ministre Jean Castex au Conseil d’État en Juin 2021 pour « poser un regard lucide sur les transformations de l'action publique induites par les progrès de l'intelligence artificielle, sur les gains qui peuvent en être attendus en termes d'efficacité et d'amélioration de la prise de décision et sur les conditions qui doivent l'entourer pour se prémunir d'un certain nombre de risques tels qu'une perte de souveraineté de l'État, une utilisation des données à caractère personnel irrespectueuse du droit au respect de la vie privée ou un examen insuffisamment circonstancié des situations individuelles » (p.211) 

Voir la vidéo de présentation.

Nos sincères remerciements pour cet entretien à Thierry Tuot, président de la section de l’Intérieur du Conseil d’État. 

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