Numéro 38septembre 2025
Garantir l’accessibilité numérique, un impératif pour l’inclusion
Catégorie : Témoignage
Auteure et auteur :
Pierre Reynaud Référent accessibilité numérique et responsable pédagogique du DU Référent Accessibilité Numérique - Université de La Réunion et Président de l'APRANESR
Julie Charles Référente accessibilité numérique - Université d'Angers et VP Formation de l'APRANESR.
Étudier, obtenir un diplôme, chercher un travail : autant d’étapes aujourd’hui indissociables du numérique. Mais sans accessibilité, ces démarches restent hors de portée pour trop de personnes en situation de handicap.
Numérique partout, accessibilité nulle part !
Le numérique est partout, mais s’il n’est pas accessible il exclut. Comment, dès lors, garantir l’égalité des chances aux personnes en situation de handicap dans leur parcours scolaire, à leur entrée à l’université, pendant leurs études ou au moment de trouver un emploi ?
Pour beaucoup d’élèves en situation de handicap du primaire et du secondaire, l’inaccessibilité des outils scolaires et des ressources pédagogiques s’ajoute à une longue liste d’obstacles et opère un véritable tri. Seule une faible partie d’entre eux deviennent étudiants et ont accès aux études supérieures. Et, là encore, de nouvelles barrières peuvent les mettre en difficulté, jusqu’à l’obtention du diplôme et l’insertion professionnelle.
Un véritable parcours du combattant
Dans l’enseignement supérieur, l’accès au numérique est devenu une condition préalable à la formation et à la diplomation. Ainsi, s’inscrire dans une formation (au moyen de Parcoursup ou d’eCandidat par exemple), gérer son quotidien d’étudiant (son emploi du temps, ses notes, etc.), gérer sa vie étudiante (demander une bourse, s’abonner aux transports en communs, etc.), suivre les cours (sur une plateforme d’apprentissage, accéder aux ressources pédagogiques, etc.) sont autant d’actes de la vie quotidienne rendus difficiles, voire impossibles lorsque l’accessibilité numérique n’est pas garantie.
À compétences équivalentes, un étudiant en situation de handicap aura fourni bien plus d’« énergie numérique » qu’une personne valide pour passer son diplôme. Qu’il s’agisse de formation initiale ou de formation continue, les blocages sont bien trop nombreux. Le constat est simple : l’enseignement supérieur exclut. Une fois encore, un tri s’opère et les personnes en situation de handicap avec un niveau de formation au moins égal au baccalauréat sont très peu nombreuses sur le marché du travail.
L’accès à l’emploi
La galère numérique continue après l’obtention d’un diplôme du supérieur, au moment de trouver un emploi. En effet, les alternatives au numérique sont devenues quasi inexistantes, et cela à toutes les étapes : de la recherche sur les sites d’annonces, au dépôt de CV ou de candidature. Or, si une personne ne peut pas accéder à ces plateformes elle ne peut pas effectuer de recherche et elle ne risque pas d’être recrutée.
En 2023, la Fédération des aveugles de France alertait sur les défauts d’utilisabilité de la plateforme Pôle Emploi (aujourd’hui France Travail), pourtant soumise à l’obligation d’accessibilité numérique. À ce jour, un rapide état des lieux permet de constater que la plupart des sites de recherche d’emploi ne sont pas accessibles ou n’ont carrément pas de déclaration d’accessibilité (Indeed, Cadremploi, Apec).
Les personnes peuvent également se retrouver en difficulté si les entretiens d’embauche se déroulent à distance, en visioconférence : le choix de l’outil et la maîtrise de son propre matériel sont autant de paramètres qui peuvent empêcher les personnes d’exprimer leur plein potentiel.
J’y suis, j’y reste ?
À la lumière de tous ces éléments, il n’est pas difficile de comprendre pourquoi le taux de chômage des personnes en situation de handicap est deux fois supérieur à celui de la population générale.
L’accessibilité numérique doit permettre aux personnes en situation de handicap d’intégrer des emplois dignes et leur offrir une carrière épanouissante. À l’heure où la plupart des métiers de demain n’existent pas encore, il faut aussi s’interroger sur la formation tout au long de la vie. Toutes les personnes doivent pouvoir saisir l’opportunité de changer de profession ou de carrière, sans blocage.
Composition du conseil d'administration
- Pierre Reynaud (Université de la Réunion) : président
- Xaviera Autissier (Université de Lorraine) : VP transformation numérique
- Julie Charles (Université d’Angers) : VP formation
- Sophie Guichard (Le Cnam) : VP communication
- Endjy Guerchet (Université de Bordeaux) : VP Partenariat
- Aude Bornil (Université de Pau et des Pays de l’Adour) : secrétaire
- Valérie Mansard (ENS Lyon) : secrétaire adjointe
- Julie Tardy (Unisciel) : trésorière
- Adrien Ponchelet (Université de Picardie Jules Verne) : trésorier adjoint
- Aurélie Jozan (Nantes Université)
- Nicolas Lahoche (Université de Lille)
- Ghislain Remy (Université Paris Saclay)
Pour aller plus loin
Le 24 juin 2025 s'est tenue au CNAM à Paris l'Assemblée Générale constitutive de l'Association Professionnelle des Référentes et Référents Accessibilité Numérique de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche (l'APRANESR). Elle a pour objet la reconnaissance officielle du métier de Référent Accessibilité Numérique (RAN) et la promotion de l'accessibilité numérique dans l'ESR.
33 personnels de l'ESR représentaient une trentaine d'établissements.
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