Numéro 38septembre 2025
Les ressources humaines au défi de la souveraineté numérique : retour sur une pratique ministérielle hors ESR
Catégorie : Recherche
Auteur :
Bertrand Mocquet Amue
Cet article revient sur la réflexion de Martine Balland, publiée dans la Revue Défense Nationale, qui analyse la manière dont le ministère des Armées affronte la pénurie de compétences numériques et ses conséquences sur la souveraineté. Une recension qui met en lumière les limites des politiques RH actuelles et les pistes pour penser le long terme.
L’article de Martine Balland, Contrôleuse des armées et précédemment officier des transmissions de l’Armée de terre, publié dans La Revue Défense Nationale en décembre 2022, propose une réflexion structurée sur la manière dont le ministère des Armées fait face aux tensions entre transformation numérique, souveraineté stratégique et fragilités de gestion des ressources humaines. À travers l’exemple de la Direction Interarmées des Réseaux d’Infrastructure et des Systèmes d’Information (DIRISI), Martine Balland illustre la manière dont les impératifs techniques de la défense se heurtent à une réalité bien connue des experts publics : la pénurie structurelle de compétences numériques, et la dépendance grandissante à des prestataires privés. Loin d’être un document normatif, ce texte est un témoignage situé, fondé sur une expérience opérationnelle, qui révèle les tensions systémiques d’un numérique public sous contrainte.
Numérique et armées
Le contexte ici n’est pas celui de l’enseignement supérieur, mais celui d’une fonction publique d’État à forte intensité technologique, soumise à des exigences de souveraineté critique. Cette singularité du secteur défense donne à voir une tension entre autonomie stratégique et pratiques RH obsolètes, que d'autres administrations pourraient anticiper. Malgré des objectifs affichés de résilience numérique, comme l’augmentation du nombre de « cybercombattants », la réalité observée est celle d’un recours massif aux Entreprises de Services du Numérique (ESN), au détriment de l'expertise interne, de la mémoire des architectures, et de la capacité de reconstruction en cas d’attaque. La critique de cette dépendance est nette : sans maîtrise interne, sans collectif pérenne, il n’y a ni défense, ni souveraineté numérique possible.
Le propos s’élargit ensuite à une analyse lucide de la politique RH de l’État. L’auteur dénonce l’illusion d’une réponse purement salariale à la pénurie, et appelle à un élargissement du vivier par la formation initiale, la reconversion, et la lutte contre les stéréotypes professionnels. Il s’agit de renverser une représentation encore dominante du numérique comme domaine réservé à une élite technique masculine et jeune. Un cas international est cité pour souligner la précocité des politiques éducatives orientées vers la cyberdéfense, alors qu’en France les actions demeurent fragmentaires, pilotes, et faiblement coordonnées. Cette fragmentation empêche l’émergence d’une culture numérique souveraine, partagée par l’ensemble des agents.
Vers une refondation des politiques RH du numérique public
Ce que ce texte donne à voir, au-delà de l’univers militaire, c’est l’urgence d’une refondation des politiques RH du numérique public, non comme seule question de rémunération, mais comme enjeu stratégique de long terme. Une souveraineté numérique effective suppose une reconception de la gestion des compétences : non plus indexée sur la rareté et le court-terme, mais ancrée dans une politique publique du temps long, de la formation continue, de la valorisation des profils hybrides. L’article souligne également l’intérêt d’une « marque employeur big tech » publique, non pour singer les codes privés, mais pour rendre visibles les valeurs spécifiques du numérique d’intérêt général.
Enfin, la contribution de Martine Balland invite à repenser les fondements même de la stratégie numérique de l’État : en faire un projet politique au service de la société, non une somme de solutions techniques externalisées. Le numérique souverain, ici, ne se décrète pas : il s’incarne dans la maîtrise collective, dans le geste d’un agent qui sait pourquoi il agit, dans une organisation qui accepte de se penser comme sujet technique et politique à part entière.
Pour aller plus loin
Balland, M. (2022). Les ressources humaines au défi de la souveraineté et de la résilience numériques. Revue Défense Nationale, 855(10), 74-80.
Dans le cadre de la rédaction de cet article, nous avons eu recours à une assistance rédactionnelle fondée sur l’intelligence artificielle générative, via l’outil ChatGPT développé par OpenAI. Cette assistance a été mobilisée comme orthèse rédactionnelle.
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